Comme les lecteur(ices) assidu(e)s et les gens de passage ont pu le constater, nous traversons actuellement une tempête sans précédent dans nos relations parents/fiston.
Depuis que son géniteur abandonne Léo progressivement (c’est-à-dire depuis 2005), nous sommes habitués à écoper, essuyer des crises régulièrement, habitués à l’accompagner au mieux lors de ces tempêtes intérieures.
Mais ce que nous vivons depuis le 15 juillet, nous ne l’avions jamais vécu en fait. Ce n’est pas une éruption d’enfant-volcan, si sensible. C’est une révolte profonde. Comme un démon qui s’empare de notre petit gars. Il est alors agité de spasmes, il s’excite, s’agite, se tord, ne se tient plus, ses yeux partent en arrière, il commence à dire des choses incompréhensibles ou qui n’ont ni queue ni tête, et à devenir agressif, verbalement puis physiquement. C’est ainsi qu’on voit arriver la “crise”. En premier lieu, nous lui demandons de se calmer, de respecter les autres… en vain. Puis nous lui demandons alors de s’éloigner. Il nous ignore, et nous entreprenons de le guider en attrapant un bras. La lutte commence, il se débat, se laisse trainer au sol… Nous le changeons de pièce. Il explose alors en un délire verbal (je vais mourir, je vais te tuer, je veux pas m’appeler Léo, vous me donnez de la viande alors que je suis végétarien! et autres “hypopère“, entrecoupés de mots insensés et d’onomatopées) mêlé d’agressions physiques (coups, griffures, morsures et crachats) et d’insultes, le tout ponctué de ricanements et diverses provocations. Et ça n’en finit pas. C’est extrêmement dur pour les nerfs. Il nous faut aussi protéger la petite de ces débordements (d’ailleurs depuis elle se met davantage en colère, en griffant et tapant!). on essaie au maximum de rester zen et doux, mais il faut aussi parer les coups, lutter physiquement, et parfois on est trop fatigué, on crie; et parfois on n’en peut plus de lutter, de s’en prendre plein la tronche, on hurle; et parfois on est à bout, et notre main a volé… 
À côté de ça, il détruit par la bouche. Il a presque intégralement mangé son doudou, il a grignoté tel une mite géante plusieurs vêtements, mangé un bec de verre à Lilwen, bouffé la moitié d’une cuillère en bois, attaqué l’échelle de son lit…
Et puis la situation est telle qu’on annule des choses à notre programme, ou qu’on n’y va pas tous, car on n’a pas envie de le faire épuisés, ou sans plaisir, avec Léo dans cet état…
En pleine lecture de Solter, on a tenté la technique de l’étreinte. Mais cette étreinte manquait sûrement d’affection, car ça s’est transformé en lutte éreintante et on a failli se perdre dedans, tous se déchirer… Vite on a cessé pour se préserver!
Bref, on s’embourbe. On n’arrive plus à prendre le recul nécessaire à l’analyse de la situation, on avait un peu hâte qu’il parte en vacances pour que chacun prenne un peu d’air (même si la séparation au coeur de ce contexte est particulièrement douloureuse), et on est tous sous le choc de la violence de nos relations actuelles.
Nous pensons que Léo vit plusieurs traumatismes, et l’accumulation nous a menés là sans qu’on n’y prenne assez garde.
Bien sûr, on pourrait se retrancher derrière des explications telles que la “jalousie” par rapport à sa petite soeur, ou bien le fait d’être abandonné par son père de naissance. Mais nous pensons que ce n’est pas tout, en tout cas pas si simple!…
En effet, une naissance dans la famille est toujours un événement déstabilisant pour tous. Mais les relations entre Léo et sa soeur sont tellement tissées de tendresse et de complicité (mille fois plus que de moments de “dispute” ou d’agressivité, quasi inexistants, et en y réfléchissant, ces moments ne se produisent, comme par hasard, quasiment qu’en présence de personnes persuadées que Léo doit être jaloux de sa petite soeur!…) qu’on ne peut décemment dire que c’est “la faute de la p’tite soeur” (d’ailleurs ce serait sacrément dur et lourd pour elle de dire ça!). Quant à la “jalousie”, il s’agit d’un concept 100% adulte (tout comme les “caprices”, mais ces notions feront peut-être l’objet d’un autre post à l’avenir, d’ailleurs si vous connaissez d’autres termes typiques inventés et utilisés par les adultes pour se dédouaner et rejeter la culpabilité sur l’enfant afin d’éviter de se remettre en question, ça m’intéresse! ouais je sais je pourrais lire Freud, y’a aussi la “perversité” de l’enfant, mais j’ai pas envie de me retrouver en tête-à-tête avec Sigmund là!). Léo n’est pas jaloux. Cependant, il est clair que nous, depuis la naissance de Lilwen, nous l’avons un peu “délaissé”. En effet, il est très autonome comme garçon, et on a tendance à être exigeant avec lui, et à négliger le fait que c’est encore un petit garçon qui a grand besoin de câlins, de tendresse, de marques d’affection. Et ces derniers temps, nous nous sommes ainsi éloignés de lui, ne lui accordant pas assez d’attention, à lui, aux choses qu’il a envie de nous raconter, ou de nous montrer, et on passe ainsi à côté de plein de choses, à côté de lui. Maman est adepte du: “je peux pas là je suis occupée“, et papa est devenu “monsieur deux p’tites secondes“… De fil en aiguilles, nous nous sommes éloignés… Et puis c’est si facile de rentrer dans l’engrenage du parent-tyran, en élevant la voix, en fronçant les sourcils, en anticipant sur les “mauvaises” actions de son gamin, en menaçant, en punissant, bref, en abusant de notre pouvoir d’adulte! cela peut devenir tellement systématique que ça ne nous paraît même plus aberrant que le chat ait plus de liberté que l’enfant!…
Sans compter que nous sommes dans la période pleine de premières fois admirables pour Lilwen (première cuillère, premier pas, première marche d’escalier, première grimpette, premier bisou, première bougie……….), elle est donc très valorisée, et on se délecte de câlins, de la porter dans nos bras, on la trouve adorable, elle nous intéresse, nous fait rire… On dit que la jeune maman est si comblée par la relation avec son bébé que pendant un temps, n’ayant pas besoin d’autre contact physique, elle “délaisse” un peu la relation intime avec son compagnon. Et bien ici c’est la relation de tendresse mère-fils qui a été mise à mal. Et c’est très douloureux, car avec le temps, ce n’est plus naturel, on doit travailler pour se retrouver… Donc Léo n’est pas jaloux. Il ressent évidemment l’injustice qui lui est faite, et il a raison d’exprimer sa souffrance, et c’est à nous de rectifier notre comportement.
L’histoire particulière que Léo porte en lui n’est pas négligeable. Être abandonné par son père, à petit feu, avec des pics d’espoirs déçus, est un grand traumatisme, et nous sommes conscients que cela laissera des séquelles toute la vie, malgré l’équilibre du schéma familial actuel. Léo a la chance d’avoir un SuperPapa, mais la peur de le perdre, de nous perdre, reste inscrite en lui, même quand tout va bien.
Le 15 juillet… c’est la date butoir qui avait été donnée l’an dernier à son “père” pour qu’il se manifeste afin de reprendre les visites organisées en lieu protégé pour reprendre contact avec son fils. La date où l’on a su qu’il avait choisi de ne pas revoir son fils pour le moment. L’abandon ayant été ensuite confirmé par le fait qu’il n’ait pas souhaité remettre en place le droit de visite à la date où le jugement devenait caduque, l’absence de nouvelles, notamment à Noël, et plus récemment à l’anniversaire de Léo… Tout cela marque cette fois un réel et net abandon, et Léo l’a bien compris.
Un an aussi qu’il a décidé d’appeler son “papounet” papa. L’heure du bilan d’un an de paternité pour SuperPapa!…
Et il nous semble que Léo, en tant que garçon en plus, arrive à un âge où il a beaucoup besoin de reconnaissance de la part de son papa, pour continuer à construire son identité. Il a besoin de faire des choses, des jeux avec lui, que son papa prenne du temps spécifiquement pour lui, un peu chaque jour. On a pu réaliser ça de façon flagrante lors du passage de nos amis bretons, où Nico s’est rendu très disponible pour lui, de façon très spontanée et sereine, pour jouer, échanger, discuter, construire, lire… mais pleinement, pas en faisant autre chose en même temps. Il lui a vraiment consacré du temps. Et d’ailleurs durant ces activités, ces moments, on n’a pas vu Léo dans l’agressivité (Nico tu confirmeras ou pas). Donc un grand merci à toi Nico.
Parallèlement à cela, nous sentons que Léo comprend un peu plus ce qui se joue dans notre configuration, le nom que chacun porte, la filiation… Il veut faire sa place là-dedans, pour continuer à être le fiston à son papa (et donc comme Lilwen le petit-fils des Danyz!). Pour tous ce n’est pas évident. Ce n’est ni facile ni naturel pour tous d’aimer un enfant qui a débarqué comme ça dans nos vies sans qu’on y soit préparé, ça ne va pas de soi. Donc en parallèle de l’abandon, nous sommes là dans une histoire d’adoption. Et se faire adopter n’est pas toujours une mince affaire…
Il répète “mon père!” avec une force incroyable, en s’adressant à son papa, on sent que ça revêt un sens très très puissant.
Et puis enfin avant de s’en aller, Léo a pu un peu exprimer ses angoisses: le souvenir de l’abandon, ravivé par son prochain départ en longues vacances loin de nous. Cela lui a permis d’écrire à son géniteur ce qu’il avait sur le coeur: qu’il ne l’aime plus, qu’il ne veut plus qu’il revienne, qu’il aurait aimé qu’il ne l’abandonne pas, que ça lui a fait mal, qu’il a pleuré dans le ventre de maman… pour pas sortir, pour pas voir toi partir…
Ça nous a permis aussi d’échanger, de rassurer, d’apaiser avant le départ (qui s’est très bien passé).
Et que dire de la maladie de la pitchoune… ne vient-elle pas aussi exprimer la peur qu’elle a visiblement ressentie, secouée par la tempête…
Il va nous manquer beaucoup beaucoup, c’est sûr, mais c’est pous nous l’occasion de recharger nos batteries en réfléchissant à nos façons de faire, au danger de déraper vers l’éducation par la peur (hélas relayée par la force des choses par l’entourage qui a pris l’habitude de lui dire “sinon tu vas te faire engueuler“, nous engluant un peu plus dans cette situation douloureuse, au lieu de lui expliquer naturellement, et mieux que nous actuellement inaptes parfois, les raisons de ce qu’on lui demande).
Résolution pour la rentrée: s’inscrire aux ateliers F&M!!!
Nos enfants chéris, nous vous demandons pardon… de vous avoir blessés et manqué de respect. Nous espérons grandir autant que vous et parvenir à corriger notre attitude. Nous avons eu tort d’abuser de notre pouvoir physique et moral. Ne parlons pas de force car nous avons fait preuve de grande faiblesse. On a toujours le choix de ses actes.
Ils ne sont pas vraiment justifiables par des tentatives de déculpabilisation du genre “des fois on peut pas faire autrement” ou pire “on n’en meurt pas“…
Lisons et relisons plutôt des mots comme ceux du soldat en chocolat (et aussi ici et là!)ou de Pascale, qui sont tombés fort à propos dans cette période troublée, et nous aident à avancer, même si on trébuche parfois… Merci!